Yoga physique ou yoga mou ?

 

                  YOGA PHYSIQUE OU YOGA MOU ?

Faut-il pratiquer un yoga physique, intense ou un yoga plus tranquille, plus doux ?

C'est l'un des sujets qui ai venu sur le « tapis », si je peux dire, lors d'une conversation intéressante
avec mes élèves du vendredi après midi (je vous ferai part de l'autre sujet, lors d'un autre billet).

Et je trouverai intéressant d'avoir également un échange sur ce sujet avec les internautes.

Le yoga que j'ai pratiqué à mes débuts, il y a plus de 30 ans, était un yoga où le mot-clé était « lâcher
prise ». Lorsque j'ai suivi ma formation de professeur de yoga, j'ai découvert d'autres yogas plus
physique.

Cette expérience me permet de penser qu'aucun yoga n'est mieux qu'un autre.
Chaque yoga est bien pour une personne donnée à un moment donné de sa vie. Et notre cheminement
intérieur peut nous amener à avoir besoin de changer notre approche, à y amener des pratiques
différentes et aller ainsi vers une autre forme de yoga. De toute façon, entamer et mettre le premier
pas sur le chemin du yoga qu'il soit physique ou doux, est déjà une amorce de transformation
intérieure.
Chacun choisira alors le yoga qui lui convient le mieux à ce moment précis de son vécu.......et qui sera
peut-être différent quelques années plus tard.

Tous les yogas développent la conscience et l'ouverture d'esprit et de cœur.
Restons donc ouvert et acceptons que quelqu'un préfère une pratique de yoga qui n'est pas la nôtre.

Partageons donc nos expériences !
Pour cela n'hésitez pas à faire part, dans les commentaires, de votre découverte du yoga, et de la
forme que vous pratiquez.

Voici donc ci-dessous le partage de ma propre expérience :

Mon premier professeur était une élève de Jean Klein et enseignait le yoga de la non-dualité (yoga du
cachemire).

Sa pédagogie était basé sur le « lâcher, lâcher, lâcher................ ». Lâcher les tensions, lâcher l'effort,
lâcher les pensées........
Il s'agissait de pratiquer dans le NON-FAIRE : prendre la posture dans la lenteur du mouvement pour
ne pas être dans une saisie musculaire et dans la posture statique relâcher les tensions du muscle.

Ce professeur travaillait aussi avec la méthode Alexander (C'est une méthode rééducative, qui va favoriser,
par son intervention posturale, le traitement et la réduction des tensions nocives. L'intervention posturale mobilise toute la
structure du squelette pour permettre un fonctionnement et une position plus harmonieuse de la tête, du dos, des bras et des
jambes )
,

et je me rappelle de séances individuelles où elle me faisait faire un geste corporel du bras ou de la
jambe, sans que je n'intervienne. C'est elle qui induisait un mouvement à mon bras. Mon rôle était de
« lâcher » et de me laisser guider.

Oh, combien était difficile de ne pas anticiper l'action et de laisser faire !

Mais ce travail m'a beaucoup aidé dans ma pratique du yoga avec ce professeur qui enseignait le yoga
de la non-dualité, le yoga du non-faire.

Je me souviens également de séances individuelles, en yoga cette fois-ci, toujours avec ce même
professeur, où lors de la prise du Lotus, par exemple, elle venait rectifier la position de ma verticalité
et pour cela mettait juste son doigt sur un point de la colonne, là où justement je m'affaissais. Puis
avec une légère impulsion du doigt, elle me faisait me redresser tout en me disant : « lâche, lâche....
..lâche........sans t'affaisser ».

Oh, combien ce travail intérieur était également difficile !!
car il fallait que je tienne, tout en lâchant intérieurement : il ne devait plus y avoir de poids sur le
doigt du professeur (situé sur le point d'affaissement de ma colonne) ; je devais alléger vers le
haut............ sans être dans la rigidité.

Quand j'arrivais par bonheur à lâcher tout en tenant mon dos droit, j'avais alors une sensation
intérieure de légèreté, de vastitude intérieure.

Quelques années plus tard, j'ai entamé une formation de professeur de yoga en 4 ans, à l'Ecole
Française de Yoga ( E.F.Y.). J'y ai appris, lorsque nous étudiâmes les textes sacrés, que cette
notion de tenir et de lâcher était le « sthira-sukha » de l'aphorisme II. 46 des yoga-sutras
de Patanjali (Traduction de Françoise Mazet) :

« L'asana : être fermement établi dans un espace heureux. »

et que cette sensation très agréable ressentie alors était les joyaux de Gérard Blitz dans sa traduction
de l'aphorisme II, 37 :

« Quand le désir de prendre disparaît, les joyaux apparaissent. »

Mais j'ai réalisé qu'à vouloir appliquer le « non-faire », j'avais tendance à être trop dans le lâcher
prise.....tout en tenant la position certes.......mais vraiment avec le minimum de rigueur, puisque
j'étais toujours en deçà de mes limites corporelles. Je n'allais jamais au-delà .

J'ai pris conscience de cela lors du stage probatoire que l'on doit effectuer pour intégrer l'école, et
que j'avais choisi au hasard (s'il existe !), puisque je ne connaissais pas du tout les différentes lignées
de yoga proposées par l'école : le yoga de ce stage était le yoga de Nil Hahoutoff, un yoga que j'ai
trouvé très physique par rapport à celui que je pratiquais, et qui ressemble un peu (pour ceux qui ne
connaissent pas) au yoga d'Iyengar ;

Evidemment comme rigueur dans le yoga, il n'y avait pas mieux. Je trouvais cela à l'opposé de ce
que je faisais habituellement et évidemment je critiquais intérieurement à fond, en pensant « ce n'est
pas comme cela que l'on pratique le yoga ». Mais au fil de la semaine, je me rendis compte, qu'être
tout le temps dans le lâcher prise, ne me permettait pas de progression dans le travail postural, et
que la tonicité ne pouvait qu'être un plus avec le lâcher prise.

Je compris lors de ce stage, que j'avais tendance à oublier le côté ardeur et intense de
la posture, que « la rigueur » était une notion qui avait sa place dans la tenue d'une
posture , mais qu'il ne fallait pas être volontariste et rigide, et que faire du yoga n'était
pas seulement lâcher prise.

Mais cela avait été une bonne chose pour moi de démarrer par ce yoga plus intériorisé, plus subtil,
plus tranquille. Je pense que je n'aurai jamais continué à pratiquer, si j'avais découvert en premier
un yoga plus physique, car cela ne correspondait pas à mon état d'esprit du moment.

Maintenant dans mon enseignement, je concilie les deux :

pratiquer d'une façon intense dans un esprit de détachement intérieur.
-   Intense ne veut pas dire forcer son corps et aller au delà des limites dans la souffrance.
    Intense ne veut pas dire non plus que l'esprit est dans une attitude  volontariste.
    Intense veut dire pratiquer d'une façon persévérante, et d'une façon à chauffer le corps (tapas)
    pour dissoudre toutes les tensions physiques.
-  le lâcher prise va se situer :  physiquement au niveau des muscles qui n'ont pas besoin d'entrer
    en action , mais surtout mentalement au niveau de l'esprit qui va être dans une présence
    consciente et dans un accueil de manière à observer le mouvement ou toute pratique mise en
    oeuvre (asana, pranayama, récitation de mantra, visualisation des chakras et des énergies ....).

 L'action dans la non-action.
Mais cela fera parti d'un autre billet.

 

Comment choisir son yoga ?

C'est une tâche en fait bien difficile quand on débute. Souvent on ne sait même pas qu'il existe
plusieurs formes de yoga
. On s'inscrit donc au cours qui est le plus près de chez soi, et quelque
fois on peut être déçu, car la forme de yoga enseigné ne correspond pas à nos attentes.

Krishnamacharya disait qu'il existe un yoga pour chaque individu, et qu'il faut choisir celui qui
correspond à notre personnalité.

Le mieux est donc d'essayer plusieurs cours, si on a la chance d'avoir une variété dans sa région.
En général, chaque professeur vous propose toujours de faire un essai avant de vous inscrire.

Les yogas peuvent être différents selon les professeurs. Chacun se vale : une forme plus physique
n'est pas mieux qu'une forme plus douce, et réciproquement.

Mais il y a quand même quelques critères à respecter qui font que le yoga est du yoga.
Si ce n'est que physique, c'est de la gymnastique; si ce n'est que du lâcher prise, c'est
de la
relaxation.

Le yoga travaille sur 3 dimensions : le corps, le souffle, l'esprit.
Dans un cours, il y aura donc des :
 -  postures (plus ou moins physiques ou douces),
 -  un travail respiratoire avec le pranayama,
 -  et un travail sur l'esprit avec exercices de concentration et de méditation.

Selon les yogas, la concentration se fera sur des supports différents : les sensations,  le souffle, 
l'énergie, des visualisations sur mandalas ou chakras ou des récitations de mantra etc..... .
Votre yoga n'inclut pas forcément tous ces supports, mais c'est quand même du yoga à partir
du moment où la pratique est faite sur les 3 dimensions citées plus haut et dans une attitude
intérieure d'écoute.  Le yoga est une voie d'intériorisation.

L'autre particularité du yoga est  d'effectuer des postures en statique.
Il peut y avoir des enchaînements, des phases dynamiques; mais il doit y avoir absolument un
temps où la posture est tenue dans la durée et dans l'immobilité du corps et de l'esprit.
Le but du yoga étant, après avoir dilaté le corps physique et fait circuler les énergies, de stabiliser
et pacifier le mental.


Et vous quel yoga pratiquez vous, quel yoga préférez vous !

 


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